10/07/2014

Sur un air de samba: Sur leurs joues, le vin des couillons

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Le Brésil de Luiz Felipe Scolari s’est laissé couillonner. Par l’enjeu, par l’attente immense, par son manque de lucidité, et bien sûr par cette Allemagne venue lui rappeler avec vigueur et intelligence ce que voulait dire le mot équipe. Et comme les images sont au moins aussi fortes dans la douleur que dans la joie, la soirée a encore réservé quelques temps forts. Avec des visages défaits, des demandes d’excuses, des larmes bien sûr.

 
Le sélectionneur a ainsi évoqué le pire jour de sa vie, le capitaine David Luiz – honteux comme un enfant qui ramène un misérable bulletin scolaire – a trouvé la force de dire combien il avait rêvé de voir le peuple du Brésil sourire. Et ainsi de suite, jusque tard dans la nuit de Belo Horizonte et de tout un pays.
 
Dans ce contexte réellement extraordinaire, on soulignera l’attitude des Allemands, dont la joie plutôt contenue disait bien la compréhension qu’ils pouvaient ressentir pour cet adversaire meurtri et chahuté comme jamais. «Avec cinq buts d’avance à la mi-temps, on avait du mal à y croire», relevait le joueur Toni Kroos. «Nous avons connu cela en 2006 (ndlr: tournoi organisé par une Allemagne enthousiaste). Nous nous étions inclinés en demi-finale devant l’Italie, sous le coup de la pression», se souvenait pour sa part le sélectionneur Joachim Löw.
 
Au stade, mais aussi partout dans les rues du Brésil, on sentait l’abattement, l’incrédulité surtout. «Comment une chose pareille a-t-elle pu arriver?» semblaient se demander des passants inconsolables. J’ai repensé un instant aux paroles de Léo Ferré dans La violence et l’ennui: «Surtout ne pleure pas, les larmes, c’est le vin des couillons.» Et pourtant elles coulaient… 

François Ruffieux / 24 heures

Sur un air de samba: Guy Roux et la Suisse

A 75 ans, il a toujours l’œil vif et c’est tant mieux. Guy Roux, personnage du football français, figure emblématique d’Auxerre, n’est plus sur un banc de touche, mais une Coupe du monde au Brésil, il n’allait pas rater ça. Alors hier, en faisant la queue pour rentrer dans un centre de presse bondé, celui qui est désormais consultant en a profité pour discuter un peu. Parce que parler et évoquer des souvenirs, il aime bien, Guy Roux.
 
«Vous êtes de Suisse?, a-t-il lancé. Bon, il y a eu ce match de Salvador entre nos deux pays… On était dans un jour où tout rigolait pour nous, je crois. On aurait mieux fait de garder un ou deux buts pour notre match contre l’Allemagne. En fait, on a été fort contre le Honduras et la Suisse, mais après c’est devenu plus compliqué.»
 
Guy Roux, c’est bien sûr des souvenirs qu’il s’empresse de partager, peut-être pour ne pas insister sur la douloureuse confrontation de Salvador. «Oui, la Suisse je connais bien, lance-t-il alors. Je connais notamment le Valais, où nous allions souvent en stage avec Auxerre. C’est d’ailleurs comme cela que j’ai engagé Stéphane Grichting. Nous étions à Anzère et le soir, je parlais avec des gens du coin. Je leur ai demandé s’il n’y avait pas un bon joueur suisse disponible à Sion, puisque le club avait des problèmes financiers. Ils m’ont dit: il y a Grichting, il habite deux vallées plus loin. J’ai demandé s’ils avaient son téléphone. Ils ont pris un bottin, cherché sous Grichting, composé le numéro et m’ont passé l’appareil. Je suis tombé sur le père, lui ai demandé si son fils cherchait un club. Il m’a confirmé que oui. Et il me l’a passé. Alors je lui ai dit que s’il était intéressé, il pouvait venir dès le lendemain à 8 h 30, avec des affaires et un pyjama. Que s’il le voulait et si le test se passait bien, alors on trouverait un arrangement…»
 
C’était en 2002, tout s’est bien déroulé et Stéphane Grichting est devenu un pilier d’Auxerre pendant dix ans! En marge d’un Mondial et à quelques heures d’une demi-finale, Guy Roux avait du foot plein la tête. C’est cela, la passion.

Daniel Visentini / 24 heures

09/07/2014

Ma télé et moi: Les gros plans d’une histoire  troublante

Des visages qui marquent: une jeune femme, un enfant derrière d’immenses lunettes sous lesquelles viennent les larmes, celui de quelques hommes sans voix, celui, collectif, d’un stade qui n’y comprend rien, mais qui sait que tout est fichu, que voilà, cette fois il n’y aura plus de nouvel espoir; les yeux de gens qui n’ont plus rien à dire ni à leur voisin ni à eux-mêmes.

 
Devant les gros plans de spectateurs brésiliens abattus, qui venaient de glisser dans un autre monde, celui de l’incrédulité mais aussi de la réalité invraisemblable jusque-là, on se sentait mal à l’aise. Bien sûr, on saluait le jeu allemand, l’esprit offensif de cette belle équipe, son panache, son allure, son talent, mais ce qui mangeait l’esprit et le cœur, c’était le naufrage du Brésil. La défaite, oui; l’élimination, oui, c’est le jeu.
 
Mais pas cette absence, cette humiliation, pour ce pays qui ne voulait pas trop, ou à moitié seulement, de cette Coupe du monde, et qui va en ressortir blessé comme jamais. C’est le football, c’est le sport, il y a mille explications, mais il y avait dans ces images de défaite en quelque sorte anormale, au sens historiquement impensable, quelque chose qui rendait le téléspectateur un peu voyeur.
 
Nous voulions un match, nous avions sous les yeux une sorte de pièce de théâtre dramatique qui n’était pas celle qu’on était venu chercher. On n’était pas plus Brésilien qu’Allemand, on était juste spectateur, téléspectateur, et ce rôle passif nous mettait au cœur une mélancolie qu’on ne comprenait pas bien. Ce n’était qu’un match, dans le fond. Mais ce qui faisait mal, c’était de penser aux jours qui viennent pour ces Brésiliens qui entrent dans l’histoire à l’envers, la tête si lourde.
 
Philippe Dubath / 24heures