16/06/2014

Sur un air de samba: Pirlo n’a pas fait trembler le bar

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Les clients de bars brésiliens n'ont pas tous apprecié comme il se doit le jeu de Pirlo. AFP

Une gare routière glauque, une rade où viennent s’échouer les oubliés du bonheur, des tablées mornes où s’assoupissent des âmes fatiguées. Ici aussi, à Porto Alegre, la Copa do mundo s’invite à la fête. Mais on lui a coupé le caquet. Les logorrhées extatiques du telecronista ne s’entendent qu’en sourdine. Balotelli crucifie l’Angleterre sur un air de bossa-nova. Dans la salle, on ne vibre pas. On s’enivre.
Au fond du troquet, c’est l’orchestre qui dicte le rythme de la partie. Il joue sans simulation, enchaîne les morceaux comme le jeune Sterling les dribbles. A sa façon, il repousse le seuil de pauvreté. Les musiciens sont décatis, mais leur allégresse n’a pas d’âge. La danseuse ondule et se trémousse. Elle a des épaules de catcheuse et un dos à soufflet. Une grâce étrange se libère de ce corps disgracieux. L’assistance la contemple sans la reluquer.
 
Sur l’écran, les images ne captivent pas. Elles défilent, elles font passer le temps. Pourtant Rooney se démène. Il a le visage blanc d’un tragédien. Mais le drame qui se noue à Manaus n’est rien comparé à la misère ordinaire d’ici. Sur les trottoirs souillés, sous des couvertures mitées, des vies se dévident. Loin, très loin du futebol, cet opium du peuple factice. Dans le bar des paumés, qui trompent leur attente en éclusant une dernière bière, le spectacle cathodique n’allume pas leur foi. Il est rasant comme Pirlo est barbant pour les joueurs de Roy Hodgson. Sur le terrain, l’arbitre a dégainé sa bombe aérosol. On dirait de la mousse à raser. C’est le dernier gadget de la FIFA, la meilleure arme à effet dissuasif pour empêcher les footballeurs de dépasser les bornes. Le coup franc du génie italien ne fera trembler que la barre. Pas le bar.
 
Pascal Bornand / 24 heures
 

 

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