20/06/2014

Ma télé et moi: Les dents du bonheur de Luis Suarez

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J’ai depuis longtemps une certaine affection pour les dents faites pour sourire de Luis Suarez, l’attaquant exceptionnel de l’Uruguay pendant ce Mondial, et de Liverpool pendant le reste de l’année. A la télé, ses dents prennent toute la lumière, surtout quand il est content, comme après son superbe coup de tête sur la passe tout aussi parfaite de Cavani.
 
Ce gars-là, on l’imagine facilement dans les rues de Montevideo, où il apprend la vie rude et parfait son talent footballistique, aux côtés de ses six frères, sous l’aile bienveillante de sa mère, seule car divorcée. A sept ans, il y a vingt ans, ses dents devaient être plus grandes que son short, il avait sûrement une de ces bouilles irrésistibles qui donnent des photos extraordinaires, ou qui font envie d’écouter et écouter encore Mistral gagnant, le petit chef-d’œuvre de Renaud. Mais tous les témoignages rapportent que tout minuscule, Luis avait déjà en lui toute la malice, la ruse, le vice qui permet d’avancer dans la vie dure et sur le terrain de la compétition.

Les dents de Suarez ne lui ont pas été inutiles dans sa carrière de footballeur: au cours d’un match avec l’Ajax Amsterdam – club d’où il est parti avec le statut d’idole historique – il avait mordu un adversaire au cou. Être mordu c’est déjà quelque chose, mais être mordu par ces dents-là, ça doit vraiment être terrifiant.
 
Ses mains lui ont aussi bien servi: en 2010, en Afrique du Sud, c’est lui qui sauve sur la ligne à la 120e du quart de finale contre le Ghana. Penalty, que loupe Asamoah Gyan, prolongations, l’Uruguay va en demi-finale et finit quatrième. Ses dents, à Luis, on les voit bien quand il marque, ou quand il grimace. Je pense que ces dernières semaines, on les a beaucoup aperçues quand il faisait intensivement ses exercices pour se remettre de son opération du ménisque subie il y a un mois! Le 23 mai il était en fauteuil roulant! Franchement, j’ai eu peur pour ses dents quand il s’est retrouvé enfoui sous ses coéquipiers, aplati, porté disparu, après son deuxième but, marqué au terme d’une démonstration de concentration et d’harmonie physique. Un ménisque de moins, deux buts de plus, pour «El Pistolero». Je me réjouis de le voir sourire encore.
 
Philippe Dubath / 24 heures
 

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