23/06/2014

Ma télé et moi: Le goût d’un bon steak avec patates sautées

 
wilmots.jpgD’où vient l’affection qu’on peut avoir, comme ça, pour une équipe, lorsqu’on regarde un match à la télévision? Pourquoi est-on pour celle-ci plutôt que pour celle-là, bien qu’on ne soit ni de cette nation ni de l’autre? C’est parfois mystérieux, cela peut venir du jeu, de la personnalité d’un joueur, d’un entraîneur. Pour la Belgique, moi qui ne suis pas Belge, je sais. J’étais parti du temps de mes vingt ans en auto-stop dans le nord, et pendant le voyage du retour, je m’étais retrouvé sans argent, fauché. C’est un camionneur belge vraiment sympa qui m’avait embarqué à Copenhague, pour me déposer plus tard à Paris. Nous étions passés par la Belgique et juste avant d’entrer en France, il s’était arrêté à un bistrot, un routier, dont il connaissait bien, même très bien la patronne. Il m’avait, dans ce lieu de rien du tout, offert le meilleur steak avec patates sautées de toute ma vie. Cela a suffi à me faire aimer la Belgique pour toujours. Mais il y a quelque chose de plus, qui me fait être un peu belge pendant ce Mondial.

L’équipe des Diables Rouges cherche à jouer, et y parvient souvent. Un football comme je l’aime, généreux, offensif, avec une vraie volonté de dominer, de marquer. Ce n’est pas toujours réussi, parce qu’il fait chaud, parce que l’adversaire est aussi mondial, mais c’est toujours teinté d’un esprit et d’une intention technique et collective que j’aime. C’est épatant, ce pays divisé, opposé sur des trucs profonds, qui s’unit dans le football.

J’aime bien, aussi, regarder à l’écran Marc Wilmots, un sélectionneur qui ne fait pas la gueule. Et qui bondit, qui saute, qui s’anime comme s’il avait mangé mille ressorts quand il est heureux. Il fut plus de septante fois international belge. Il a marqué contre le Brésil au Mondial 2002 un but, à 0-0, qui lui fut refusé injustement par l’arbitre. Cette frustration-là, j’en suis sûr, lui a donné encore plus le goût de jouer pour gagner. Je l’inviterais bien à manger un steak dans le bistrot du camionneur, si je retrouve l’adresse, et s’il a duré autant que mon souvenir.

 

Les commentaires sont fermés.