25/06/2014

Ma télé et moi: Buffon et l’Italie vont nous manquer

Comment les arbitres résistent-ils, pourquoi font-ils ce boulot? Hier soir, pendant Italie - Uruguay, certaines images faisaient peur: l’arbitre entouré, encerclé, pressé par les joueurs. Le voilà au milieu de tous ces contestataires musclés et de mauvaise humeur qui avancent contre lui et il doit tenir bon, rester calme, lucide, prendre les bonnes décisions, faire tout juste. Décider. Tout de suite. Pas une heure plus tard dans une séance de réflexion avec café et croissant, non, tout de suite, à la seconde.
 
Imaginez l’haleine de ces joueurs qui ont couru, qui ont la bouche sèche, la puissance physique qu’ils dégagent, la force de leurs voix qui vous hurlent des trucs désagréables. Les uns ceci, les autres cela, tous cherchant à vous influencer et à faire pencher le match dans leur sens. Appuyés par les gens de leur banc qui en rajoutent tant qu’ils peuvent.
 
L’arbitre aurait pu expulser Suarez, qui a semble-t-il encore mordu, mais il ne l’a pas vu. Il a sorti Marchisio, qui ne le méritait pas tout à fait, mais on ne peut pas en vouloir à l’arbitre d’avoir sorti le rouge: il a vu, là, tout près de lui, à toute vitesse, un pied se poser sur un tibia, de face, et il devait décider. Il aurait pu dessiner un autre destin à ce match. Laisser passer. Mais Marchisio aurait, aussi, pu ne pas se laisser aller jusqu’à ce demi-geste interdit.
 
Et puis l’Italie, délibérément ou pas, a trop attendu pour jouer. Devant le poste on était frustré, tout cela manquait d’envergure, le talent se retenait. Il était là mais il somnolait. C’est quand l’Italie a été menée, potentiellement éliminée, qu’elle a fait son meilleur football, dans les dix dernières minutes, résolument offensive, pleine de mouvement et d’imagination, de finesse. Telle qu’on la voulait, qu’on l’espérait et qu’on l’aime. Trop tard.
 
L’Italie s’en va et c’est dommage, soulignant encore le fiasco de quelques grands d’Europe qui ne sont plus les grands du monde en ce moment. Elle s’en va et Buffon avec, ce gardien unique qui est de ces joueurs faits pour la télévision. Il a tout, l’allure, le talent, l’expression, l’élégance dans les mouvements. Avec lui, le football à la télé c’est comme le cinéma. C’était sa cinquième Coupe du monde. Il va nous manquer.
 
Philippe Dubath / 24 heures

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