25/06/2014

Sur un air de samba: Le Corcovado, les dunes de Natal et Neymar

Au Brésil, il faut se méfier des apparences. Imaginez le Corcovado, cette immense statue du Christ Rédempteur qui protège la baie de Rio en étendant sur elle ses bras en croix. De la plage d’Ipanema, la figure emblématique apparaît pourtant si petite. Un peu comme on découvre le Manneken-Pis à Bruxelles. Oui, rikiki le symbole, mais si puissant.

 
A Natal, le contraste est moins glorieux. Les guides touristiques vantent ses dunes majestueuses et ses vagues à grand spectacle, mais en atterrissant, ce sont ses terrains vagues marécageux qui frappent le regard. Sous le déluge, un glissement de terrain a emporté une vingtaine de baraques. Ce drame ordinaire se raconte comme une telefavelas. Il tourne en boucle, entre deux buts de Neymar.
 
Le héros de la Seleção est partout. On dit qu’il crève l’écran comme il crève d’orgueil. On dit qu’il a l’ego aussi considérable que les goals qu’il marque. En Angleterre, une méchante blague le raillait: «En regardant jouer Neymar, on est obligé de se dire quel immense talent, quelle habileté pure, quelle créativité doit avoir son agent.»
 
Ici, on ne parle que de lui. En bien, avec emphase et dévotion. «Gooooooooooooool». Les reporters s’égosillent et les supporters prient. On lui demande la lune, une sixième étoile sur le maillot auriverde. C’est infiniment de responsabilité sur les épaules d’un jeune homme de 22 ans, dont tout un peuple porte le numéro 10 dans le dos. Neymar pourrait la jouer comme une star qu’il est. Comme le monstre sacré qu’il n’est pas encore. L’autre soir, au journaliste qui l’encensait, il a dit sa fierté de jouer dans une telle équipe. Une joie toute simple. Le bonheur est sur le terrain, là où Neymar s’exprime le mieux, là où les apparences ne sont plus trompeuses.
 
Pascal Bornand / 24 heures

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