27/06/2014

Ma télé et moi: petit message à la maman de Luis Suarez

J’ai revu trente fois sur mon écran de télévision l’attaque toutes dents dehors de Luis Suarez sur l’Italien Giorgio Chiellini, dont j’ai imaginé avec compassion le sentiment de dégoût. Dans une prochaine vie, l’attaquant uruguayen sera castor. Une existence paisible à ronger du bois. Je me suis demandé si la maman de Luis voyait tout ça quelque part dans le monde. Et si elle culpabilisait.

Où est-elle, on n’entend jamais parler d’elle, comment vit-elle les hauts et les bas de son bébé de 27 ans? Pense-t-elle que c’est de sa faute, qu’elle a mal assumé son rôle de mère seule avec six gosses? Que le jour où elle lui a enlevé sa lolette qu’il tenait de toute sa dent alors unique, elle a changé la face du Mondial 2014?
 
A la maman de Luis Suarez, j’ai envie de dire ceci: chère Madame, où que vous soyez, en vie quelque part en Uruguay, ou au ciel, épuisée trop vite par une vie impossible, il ne faut pas vous sentir responsable des étranges comportements de votre fils. Vous avez fait comme tout le monde, vous avez fait ce que vous pouviez faire. Et s’il est vrai – j’ai lu cela dans des livres écrits par des savants – que la frustration, chez le petit enfant, du plaisir de téter et de mordre peut fabriquer un adulte mordeur, votre môme a eu le temps, la gloire et l’argent et le succès suffisants pour effacer ce manque définitivement. Les livres disent aussi qu’il ne faut pas faire des remontrances à l’enfant mordeur en public. Il faut lui dire dans l’oreille, tranquillement, en aparté, que ce n’est pas bien. Si on le gronde devant tout le monde, il recommence parce qu’il est fier de recréer à chaque fois tout un cirque autour de lui. On dirait qu’on parle de Luis, là.
 
Aujourd’hui, dans le suivi de cette juste punition que votre sauvageon va subir, je trouve que Sepp Blatter, le patron de la FIFA, devrait devenir en quelque sorte le père adoptif de Luis. Le père qu’il n’a pas eu. Ecrivez à Sepp, chère Madame, je suis prêt à le faire pour vous mais pas en espagnol, pour lui demander cette protection. Punir, sanctionner, c’est bien, mais aider c’est encore mieux. Car les grands joueurs égarés font des histoires croustillantes pour les journaux et les biographes, mais méritent qu’on les aide un peu, beaucoup, passionnément. Ecrivez à Sepp Blatter pour qu’il trouve à Luis un bon psy qui fouille dans l’enfance de votre bébé et y retrouve le fameux jour de la lolette enlevée de sa bouche. Que tout reparte de là, qu’on revoie un nouveau Luis sur les terrains. Joueur, pas mordeur. Pour la paix de votre esprit de maman, et pour notre bonheur de téléspectateurs.
 
Philippe Dubath / 24 heures
 

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