27/06/2014

Sur un air de samba: Caïpi, c’est fini!

C’est un caravansérail haut en couleur où le port du maillot de foot est conseillé. A Rio comme ailleurs, l’aéroport concentre les ambiances du stade. Mais la déambulation identitaire y est moins fanatique, moins jubilatoire. Les héros des gradins sont fatigués, souvent tristes aussi. Pour beaucoup, le voyage de la nuit s’achève ici, un drapeau en guise de drap. Pour Fabrice, le Lyonnais, l’aventure des Bleus au Brésil s’arrête aussi là. A Galeão, terminal 1.

 
Caïpi, c’est fini! Budget à sec, voix éraillée. La Marseillaise jusqu’à l’extinction, les bars jusqu’à la fermeture. «On a tout donné.» Trois matches, deux cartons et un 0-0 qu’il pardonne sans faire la fine bouche. La fin de la compétition, il la suivra devant son écran TV. Avec la même soif de victoires. «On y croit. Cette équipe peut aller loin.»
 
Alan, l’Australien, s’envole encore plus loin. Retour au bercail, à Sydney, bredouille mais fier de son équipe. «Contre les Pays-Bas, Cahill a marqué le plus beau but de la Coupe du monde. Celui-là, il est à jamais tatoué sur mon cœur», s’exclame-t-il.
 
Dans la foule qui flâne, un ballon émerge. C’est le crâne de Matti, le Finlandais, supporter inconditionnel de… Manchester United. Lui aussi s’en retourne chez lui, à Helsinki, du foot plein la tête. Tant pis, il ne verra pas le 8e de finale entre les Pays-Bas de van Persie et le Mexique de Chicharito Hernandez. Son cœur balance mais le maillot qu’il porte dit bien de quel côté il penche. «Sûr, avec Louis Van Gaal, ManU va retrouver son lustre.» Matti, lui, a déjà gagné la Coupe du monde…
 
Pascal Bornand / 24 heures

Ma télé et moi: petit message à la maman de Luis Suarez

J’ai revu trente fois sur mon écran de télévision l’attaque toutes dents dehors de Luis Suarez sur l’Italien Giorgio Chiellini, dont j’ai imaginé avec compassion le sentiment de dégoût. Dans une prochaine vie, l’attaquant uruguayen sera castor. Une existence paisible à ronger du bois. Je me suis demandé si la maman de Luis voyait tout ça quelque part dans le monde. Et si elle culpabilisait.

Où est-elle, on n’entend jamais parler d’elle, comment vit-elle les hauts et les bas de son bébé de 27 ans? Pense-t-elle que c’est de sa faute, qu’elle a mal assumé son rôle de mère seule avec six gosses? Que le jour où elle lui a enlevé sa lolette qu’il tenait de toute sa dent alors unique, elle a changé la face du Mondial 2014?
 
A la maman de Luis Suarez, j’ai envie de dire ceci: chère Madame, où que vous soyez, en vie quelque part en Uruguay, ou au ciel, épuisée trop vite par une vie impossible, il ne faut pas vous sentir responsable des étranges comportements de votre fils. Vous avez fait comme tout le monde, vous avez fait ce que vous pouviez faire. Et s’il est vrai – j’ai lu cela dans des livres écrits par des savants – que la frustration, chez le petit enfant, du plaisir de téter et de mordre peut fabriquer un adulte mordeur, votre môme a eu le temps, la gloire et l’argent et le succès suffisants pour effacer ce manque définitivement. Les livres disent aussi qu’il ne faut pas faire des remontrances à l’enfant mordeur en public. Il faut lui dire dans l’oreille, tranquillement, en aparté, que ce n’est pas bien. Si on le gronde devant tout le monde, il recommence parce qu’il est fier de recréer à chaque fois tout un cirque autour de lui. On dirait qu’on parle de Luis, là.
 
Aujourd’hui, dans le suivi de cette juste punition que votre sauvageon va subir, je trouve que Sepp Blatter, le patron de la FIFA, devrait devenir en quelque sorte le père adoptif de Luis. Le père qu’il n’a pas eu. Ecrivez à Sepp, chère Madame, je suis prêt à le faire pour vous mais pas en espagnol, pour lui demander cette protection. Punir, sanctionner, c’est bien, mais aider c’est encore mieux. Car les grands joueurs égarés font des histoires croustillantes pour les journaux et les biographes, mais méritent qu’on les aide un peu, beaucoup, passionnément. Ecrivez à Sepp Blatter pour qu’il trouve à Luis un bon psy qui fouille dans l’enfance de votre bébé et y retrouve le fameux jour de la lolette enlevée de sa bouche. Que tout reparte de là, qu’on revoie un nouveau Luis sur les terrains. Joueur, pas mordeur. Pour la paix de votre esprit de maman, et pour notre bonheur de téléspectateurs.
 
Philippe Dubath / 24 heures
 

26/06/2014

Sur un air de samba: La culture au pays du caoutchouc

Visiter un pays à l’occasion d’une Coupe du monde, ce n’est pas seulement se rendre au stade pour y soutenir son équipe préférée. Le voyage offre des occasions de rencontres et surtout de visites plus ou moins élaborées, selon le temps et les envies à disposition.

Les suiveurs de l’équipe de Suisse ont ainsi transité par Brasilia, où ils ont pu prendre la mesure de l’utopie née sous les coups de crayon de l’architecte Oscar Niemeyer. Ils sont ensuite passés par Salvador, où bat le pouls d’un Brésil pluriel, métissé et joyeux. Avant de rejoindre Manaus, loin de tout, posée au milieu de la forêt amazonienne (20% des forêts de la planète, sur un territoire qui représente dix fois la superficie de la France).

Immense tout de même (près de deux millions d’habitants), la ville en soi n’offre pas grand-chose d’admirable. Porte ouverte sur toutes sortes d’aventures sur le fleuve ou en forêt, à la découverte de la nature et de ses habitants, elle nécessite un minimum de préparation, la présence d’un guide et plusieurs jours à disposition. Hier, plus facile d’accès et plus confortable étant donné la chaleur de plomb sur Manaus, c’est le Teatro Amazonas qui représentait l’objectif principal pour pas mal de supporters en rouge et blanc, à quelques heures du match.
 
Un projet délirant né dans l’esprit des barons du caoutchouc, à la fin du XIXe siècle. Avec sa façade rose et son incroyable coupole, sa très belle et riche salle de 700 places, qui accueillit les orchestres les plus prestigieux jusque vers 1915, avant de fermer durant une cinquantaine d’années, d’être restauré puis de retrouver une activité culturelle dans les années 70, avec notamment un festival d’opéra au printemps. Et dès demain du jazz pour quelques jours. Mais nous ne serons plus là, appelés par d’autres découvertes…

François Ruffieux / 24 heures