02/07/2014

Ma télé et moi: Fabuleux polar d’un soir

Un match de football est un roman policier dont les personnages se mélangent, se croisent, et tissent ensemble une histoire qui ressemble à une intrigue, et dans le cours de cette histoire, quelques-uns parmi eux prennent une importance déterminante, font monter le suspense, puis l’anéantissent pour le remplacer par le bonheur d’un côté, la détresse de l’autre.

 
Deux visages, deux images de visages me restent au sortir de ce duel que j’ai choisi de suivre sur grand écran, au jardin du Rivage de Vevey. Quel étrange et envoûtant lien que celui qui unit tout à coup les footballeurs qui sont sur l’écran mais à des milliers de kilomètres, et une foule qui n’est pas celle d’un stade mais qui s’en bâtit un, et l’habite, et le rend si vivant, par ses vagues d’encouragement et d’espoir.
 
Deux images donc plus fortes que les autres et pourtant il y en eut beaucoup: celle de Di Maria qui vient de marquer, les yeux dans le ciel, bras tatoué d’une phrase éternelle sur la vie, couronnant par un geste technique parfait son courage, son intention toujours renouvelée et admirable de changer le cours de l’histoire dans le roman policier; et celle de Lichtsteiner le visage dans le filet du but de Benaglio, haute figure de l’histoire lui aussi, Lichtsteiner se tatouant presque à vie les mailles sur les joues pour s’inscrire sur la peau son profond malheur né du ballon perdu quand il ne fallait pas. Tout le monde, chaque joueur, après deux heures de jeu, peut perdre une balle au milieu du terrain. Mais il y avait Messi – je garde aussi l’image de sa course, de sa passe, de ce talent fou – pour la changer en or. Et clore le roman suisse.
 
Philippe Dubath / 24heures

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