20/06/2014

Lucien Favre: «La France favorite? Je n’en suis pas sûr»

Lucien_Favre.jpg«Le Suisse - France de ce soir oppose les deux équipes qui s’imposaient initialement commeles favorites de ce groupe. Avec leurs succès sur l’Equateur et face au Honduras, elles se préparent logiquement à un choc décisif. Forcément, la tentation est grande pour une petite Suisse de voir la France plus grande, plus forte. J’entends parfois ces jours ce commentaire: «La Suisse a un coup à jouer.» Je n’adhère pas à cette idée qui laisse entendre, en bruit de fond, que tout résultat positif de la sélection helvétique relèverait immanquablement de l’exploit. Non, même s’il est clair que la sélection de Didier Deschamps possède dans ses rangs des joueurs de grande classe, capables de faire la différence – je pense à Benzema, à Cabaye, à Pogba ou aux fougueux Valbuena et Griezmann –, je maintiens que l’équipe de Suisse a de solides arguments, elle aussi.


La France favorite? Je n’en suis pas sûr. Je fais confiance à Ottmar Hitzfeld pour trouver le ton juste. C’est son rôle, et il a pour lui l’immense expérience que l’on sait, de ne pas exagérer l’importance de ce choc franco-suisse, pour ne pas crisper son groupe, tout en conservant un maximum de concentration à l’interne. Je crois que la difficile et tardive victoire de la Suisse sur l’Equateur a libéré les internationaux d’un poids. Je crois aussi que la France a des points faibles et que Hitzfeld les connaît bien. Enfin, et ce n’était plus le cas depuis longtemps, la Suisse a des solutions de rechange, avec des remplaçants qui marquent, comme Seferovic ou Mehmedi, ce dernier pouvant d’ailleurs commencer demain, eu égard à sa performance et à celle de Stocker dimanche passé.
Je ne manquerai bien sûr pas ce match. Il sera très intéressant à plus d’un titre.»

Ma télé et moi: Les dents du bonheur de Luis Suarez

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J’ai depuis longtemps une certaine affection pour les dents faites pour sourire de Luis Suarez, l’attaquant exceptionnel de l’Uruguay pendant ce Mondial, et de Liverpool pendant le reste de l’année. A la télé, ses dents prennent toute la lumière, surtout quand il est content, comme après son superbe coup de tête sur la passe tout aussi parfaite de Cavani.
 
Ce gars-là, on l’imagine facilement dans les rues de Montevideo, où il apprend la vie rude et parfait son talent footballistique, aux côtés de ses six frères, sous l’aile bienveillante de sa mère, seule car divorcée. A sept ans, il y a vingt ans, ses dents devaient être plus grandes que son short, il avait sûrement une de ces bouilles irrésistibles qui donnent des photos extraordinaires, ou qui font envie d’écouter et écouter encore Mistral gagnant, le petit chef-d’œuvre de Renaud. Mais tous les témoignages rapportent que tout minuscule, Luis avait déjà en lui toute la malice, la ruse, le vice qui permet d’avancer dans la vie dure et sur le terrain de la compétition.

Les dents de Suarez ne lui ont pas été inutiles dans sa carrière de footballeur: au cours d’un match avec l’Ajax Amsterdam – club d’où il est parti avec le statut d’idole historique – il avait mordu un adversaire au cou. Être mordu c’est déjà quelque chose, mais être mordu par ces dents-là, ça doit vraiment être terrifiant.
 
Ses mains lui ont aussi bien servi: en 2010, en Afrique du Sud, c’est lui qui sauve sur la ligne à la 120e du quart de finale contre le Ghana. Penalty, que loupe Asamoah Gyan, prolongations, l’Uruguay va en demi-finale et finit quatrième. Ses dents, à Luis, on les voit bien quand il marque, ou quand il grimace. Je pense que ces dernières semaines, on les a beaucoup aperçues quand il faisait intensivement ses exercices pour se remettre de son opération du ménisque subie il y a un mois! Le 23 mai il était en fauteuil roulant! Franchement, j’ai eu peur pour ses dents quand il s’est retrouvé enfoui sous ses coéquipiers, aplati, porté disparu, après son deuxième but, marqué au terme d’une démonstration de concentration et d’harmonie physique. Un ménisque de moins, deux buts de plus, pour «El Pistolero». Je me réjouis de le voir sourire encore.
 
Philippe Dubath / 24 heures
 

19/06/2014

Sur un air de samba: Mi-temps à l’Alliance française

Salvador va recevoir quelque 8000 supporters tricolores pour le match de vendredi, face à la Suisse. A l’Alliance française, c’est pourtant calme. On dirait la mi-temps. Ni exposition ni spectacle, rien n’est prévu, hormis une partie officielle avec l’ambassadeur de France et ses invités. «Les vacances scolaires ont été décalées en raison de la Coupe du monde, explique Olivia Deroint, sa directrice. Beaucoup de gens sont partis.» De même que la quinzaine de professeurs qui normalement fréquentent la belle villa du quartier de Barra, à l’embouchure de la baie de Tous-les-Saints.

 
Lieu de rencontre et d’apprentissage, dont l’objectif est de favoriser le rayonnement de la langue française, l’Alliance accueille 400 élèves par semestre, propose aussi des cours ponctuels et différentes activités pour les enfants. Elle dispose d’une médiathèque et d’une jolie salle de théâtre. «Pour nous, avoue la directrice, le Mondial représente plus une galère qu’autre chose. Nous aurons sans doute à régler des histoires de passeports perdus et autres tracasseries pour les Français de passage. Certes, on nous avait proposé une expo sur la diversité d’origine des footballeurs français. Mais nous n’étions pas convaincus qu’il était opportun de rappeler tout cela.»
 
Arrivée en septembre dernier à Salvador, pour un mandat de cinq ans, Olivia Deroint se bat pour trouver le financement des activités de l’Alliance. «Ici, les gens aiment la France. Dans les années 60, le français était la première langue enseignée. Mais la concurrence de l’anglais et de l’espagnol se fait sentir. Et si cette ville compte trois millions d’habitants, 80% d’entre eux vivent dans les favelas. Ils ont d’autres préoccupations.» Et la vie bahianaise? «J’aime beaucoup, même si pendant longtemps je me suis souvent perdue dans la ville.» Demain, elle trouvera le chemin du stade, secteur VIP. «Je ne pourrai donc pas sauter en criant des insanités», sourit-elle. C’est pourtant culturel, non?

François Ruffieux / 24 heures