16/06/2014

Le droit d’espérer un peu mieux

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Une victoire à l’arraché, c’est souvent très beau et rempli d’émotion. Celle d’hier, qui plus est sur un mouvement de rupture magnifique, a permis à l’équipe de Suisse de battre l’Equateur et de lancer ainsi de façon positive son opération Brésil 2014. Voilà des mois qu’on évoquait cette Coupe du monde et le potentiel des joueurs sélectionnés par Ottmar Hitzfeld. Ils ont maintenant dix jours devant eux pour éclaircir les zones d’ombre qui subsistent.
 
Et envisager ainsi de s’extraire de leur groupe pour atteindre la meilleure phase du tournoi, celle des matches à élimination directe. Une victoire à l’arraché souligne aussi, par définition, les difficultés rencontrées pour se défaire d’un adversaire sans doute pas très coté, mais sûrement peu agréable à affronter. Malgré une possession de balle supérieure, Shaqiri et les Suisses ont eu de la peine à exercer un véritable ascendant, à imposer leur patte et leurs envies, notamment celle de proposer un football plus séduisant que dans un passé relativement récent.
 
Trop de déchet technique, trop d’idées trop vite avortées. Et une souplesse tactique qui ressemblait encore trop à de simples balbutiements. Une victoire à l’arraché dit enfin, et peut-être surtout, les ressources qui sont à disposition. Sur le plan physique, avec une équipe encore capable d’une réelle débauche d’énergie dans les dernières minutes, et sur le plan mental, à l’image de la rage montrée par Behrami sur l’action du 2-1.
 
En 2010, pour son premier match, la Suisse avait battu l’Espagne, future championne du monde.
Elle n’avait pas su enchaîner. Quatre ans plus tard, plus mûre, plus complète, elle n’a encore rien concrétisé, sinon le droit d’espérer un peu plus, un peu mieux. Et nous avec elle.
 
François Ruffieux / 24heures

Sur un air de samba: Pirlo n’a pas fait trembler le bar

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Les clients de bars brésiliens n'ont pas tous apprecié comme il se doit le jeu de Pirlo. AFP

Une gare routière glauque, une rade où viennent s’échouer les oubliés du bonheur, des tablées mornes où s’assoupissent des âmes fatiguées. Ici aussi, à Porto Alegre, la Copa do mundo s’invite à la fête. Mais on lui a coupé le caquet. Les logorrhées extatiques du telecronista ne s’entendent qu’en sourdine. Balotelli crucifie l’Angleterre sur un air de bossa-nova. Dans la salle, on ne vibre pas. On s’enivre.
Au fond du troquet, c’est l’orchestre qui dicte le rythme de la partie. Il joue sans simulation, enchaîne les morceaux comme le jeune Sterling les dribbles. A sa façon, il repousse le seuil de pauvreté. Les musiciens sont décatis, mais leur allégresse n’a pas d’âge. La danseuse ondule et se trémousse. Elle a des épaules de catcheuse et un dos à soufflet. Une grâce étrange se libère de ce corps disgracieux. L’assistance la contemple sans la reluquer.
 
Sur l’écran, les images ne captivent pas. Elles défilent, elles font passer le temps. Pourtant Rooney se démène. Il a le visage blanc d’un tragédien. Mais le drame qui se noue à Manaus n’est rien comparé à la misère ordinaire d’ici. Sur les trottoirs souillés, sous des couvertures mitées, des vies se dévident. Loin, très loin du futebol, cet opium du peuple factice. Dans le bar des paumés, qui trompent leur attente en éclusant une dernière bière, le spectacle cathodique n’allume pas leur foi. Il est rasant comme Pirlo est barbant pour les joueurs de Roy Hodgson. Sur le terrain, l’arbitre a dégainé sa bombe aérosol. On dirait de la mousse à raser. C’est le dernier gadget de la FIFA, la meilleure arme à effet dissuasif pour empêcher les footballeurs de dépasser les bornes. Le coup franc du génie italien ne fera trembler que la barre. Pas le bar.
 
Pascal Bornand / 24 heures
 

 

Ma télé et moi: Tous les jours, un petit cadeau de la vidéo

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Comme les choses changent vite. A une minute de la fin du match de la Suisse, les commentaires qu’on entendait sortir du poste à l’intention du téléspectateur étaient plutôt critiques, sentaient la déception qu’engendrait ce match nul des Suisses contre l’Equateur. Il fallait, en gros, tout remettre en question. Et puis Seferovic marque, et le vent passe du nord au sud. A tel point qu’à la fin du petit entretien qu’il a avec Djourou, juste après le match, l’envoyé spécial de la Télévision romande lui dit au revoir de cette manière: «Et merci pour tout le bonheur que vous nous avez donné!»

 
On ne l’avait pas vraiment senti traverser le parc veveysan où je regardais le match sur grand écran, ce bonheur, avant que Seferovic ne réussisse l’inattendu. Mais c’est aussi ce qu’il y a de beau dans le football, cette faculté de changer la couleur du ciel et le sens du vent en une fraction de seconde. Et l’humeur du commentateur!
 
Et puis pas un jour où on ne parle pas de la vidéo. Si l’arbitre de Suisse-Equateur l’avait eue à disposition, il aurait accordé le but de Drmic. Nous avons tous vu qu’il était valable. Lui, l’arbitre, ne l’a sans doute su qu’après le match. C’est fou, quand même! Et puis, dans France-Honduras, où pour commencer les hymnes nationaux n’ont pas été joués, la nouvelle technologie destinée à dire la vérité sur la ligne de but nous a fait un festival. Pas but, d’abord. Puis but quand même. On n’y comprenait rien. Un sacré bazar. On rigole bien en regardant la télé où les choses changent si vite. Le dépit devient du bonheur; le pas but devient un bon but. Quelle surprise aujourd’hui pour Portugal-Allemagne, Iran-Nigeria et Ghana-Etats-Unis?
Philippe Dubath / 24 heures