26/06/2014

Sur un air de samba: La culture au pays du caoutchouc

Visiter un pays à l’occasion d’une Coupe du monde, ce n’est pas seulement se rendre au stade pour y soutenir son équipe préférée. Le voyage offre des occasions de rencontres et surtout de visites plus ou moins élaborées, selon le temps et les envies à disposition.

Les suiveurs de l’équipe de Suisse ont ainsi transité par Brasilia, où ils ont pu prendre la mesure de l’utopie née sous les coups de crayon de l’architecte Oscar Niemeyer. Ils sont ensuite passés par Salvador, où bat le pouls d’un Brésil pluriel, métissé et joyeux. Avant de rejoindre Manaus, loin de tout, posée au milieu de la forêt amazonienne (20% des forêts de la planète, sur un territoire qui représente dix fois la superficie de la France).

Immense tout de même (près de deux millions d’habitants), la ville en soi n’offre pas grand-chose d’admirable. Porte ouverte sur toutes sortes d’aventures sur le fleuve ou en forêt, à la découverte de la nature et de ses habitants, elle nécessite un minimum de préparation, la présence d’un guide et plusieurs jours à disposition. Hier, plus facile d’accès et plus confortable étant donné la chaleur de plomb sur Manaus, c’est le Teatro Amazonas qui représentait l’objectif principal pour pas mal de supporters en rouge et blanc, à quelques heures du match.
 
Un projet délirant né dans l’esprit des barons du caoutchouc, à la fin du XIXe siècle. Avec sa façade rose et son incroyable coupole, sa très belle et riche salle de 700 places, qui accueillit les orchestres les plus prestigieux jusque vers 1915, avant de fermer durant une cinquantaine d’années, d’être restauré puis de retrouver une activité culturelle dans les années 70, avec notamment un festival d’opéra au printemps. Et dès demain du jazz pour quelques jours. Mais nous ne serons plus là, appelés par d’autres découvertes…

François Ruffieux / 24 heures

Ma télé et moi: J’aurais aimé être dans un café au Honduras

J’aurais bien aimé être assis dans un café pas dangereux et bien fréquenté, quelque part dans une cité hondurienne, hier soir, quand Djourou a fait faute sur Palacios et que l’arbitre n’a pas sifflé le penalty qui s’imposait. J’aurais voulu y entendre les protestations et les déceptions des gens de là-bas, convaincus avec raison d’avoir vécu là une injustice.

 
Mais j’étais devant ma télé, en Suisse, et j’entendais les explications de nos commentateurs à l’étroit dans leurs chaussures. Ils ne se mouillaient pas trop, n’affirmaient pas clairement que l’arbitre s’était trompé, qu’il avait privé le Honduras de ce qui était sans doute sa dernière chance de se rebâtir un espoir dans ce match. Selon qu’on est dans un pays ou dans un autre pour voir le même match, on n’a pas une vision aussi claire des choses. Ou, en tout cas, on ne l’affirme pas de la même manière.
 
J’ai passé ma soirée à zapper entre le match de la Suisse et celui de la France. Côté suisse, une fois tombés les deux premiers buts de Shaqiri, on parlait beaucoup de qualification pour les huitièmes. C’est comme ça, on dirait que le but suisse n’est pas dans ce Mondial de faire un bon football, spectaculaire, agréable par exemple pour nous téléspectateurs, mais de se qualifier pour les huitièmes. Et parce
que la Suisse gagnait, elle était définie comme «très intelligente, concentrée».On est vite brûlé, mais vite encensé, dans ce paysage footballistique.
 
Côté français, on sentait que pour les commentateurs, l’équipe tricolore est intouchable parce qu’elle a été brillante jusqu’ici. Ou spectaculaire. On était des deux côtés dans le positivisme. Heureusement, il y a eu Shaqiri, ses buts, sa bonne bouille quand il est heureux, son talent, son nom qui chante un air venu d’ailleurs dont la Suisse a tant besoin.
 
Philippe Dubath / 24 heures

25/06/2014

Sur un air de samba: Le Corcovado, les dunes de Natal et Neymar

Au Brésil, il faut se méfier des apparences. Imaginez le Corcovado, cette immense statue du Christ Rédempteur qui protège la baie de Rio en étendant sur elle ses bras en croix. De la plage d’Ipanema, la figure emblématique apparaît pourtant si petite. Un peu comme on découvre le Manneken-Pis à Bruxelles. Oui, rikiki le symbole, mais si puissant.

 
A Natal, le contraste est moins glorieux. Les guides touristiques vantent ses dunes majestueuses et ses vagues à grand spectacle, mais en atterrissant, ce sont ses terrains vagues marécageux qui frappent le regard. Sous le déluge, un glissement de terrain a emporté une vingtaine de baraques. Ce drame ordinaire se raconte comme une telefavelas. Il tourne en boucle, entre deux buts de Neymar.
 
Le héros de la Seleção est partout. On dit qu’il crève l’écran comme il crève d’orgueil. On dit qu’il a l’ego aussi considérable que les goals qu’il marque. En Angleterre, une méchante blague le raillait: «En regardant jouer Neymar, on est obligé de se dire quel immense talent, quelle habileté pure, quelle créativité doit avoir son agent.»
 
Ici, on ne parle que de lui. En bien, avec emphase et dévotion. «Gooooooooooooool». Les reporters s’égosillent et les supporters prient. On lui demande la lune, une sixième étoile sur le maillot auriverde. C’est infiniment de responsabilité sur les épaules d’un jeune homme de 22 ans, dont tout un peuple porte le numéro 10 dans le dos. Neymar pourrait la jouer comme une star qu’il est. Comme le monstre sacré qu’il n’est pas encore. L’autre soir, au journaliste qui l’encensait, il a dit sa fierté de jouer dans une telle équipe. Une joie toute simple. Le bonheur est sur le terrain, là où Neymar s’exprime le mieux, là où les apparences ne sont plus trompeuses.
 
Pascal Bornand / 24 heures