20/06/2014

Sur un air de samba: Un taxi, un escalier et la finale

Une chatte n’y retrouverait pas ses petits. En fait, il n’y a pas un chat dans les rues de São Paulo. Trop dangereux. En revanche, il y a vingt millions d’habitants et six millions de voitures. Dans une telle jungle urbaine, au réseau routier aussi dédaléen qu’anarchique, le problème des transports est insoluble. Les embouteillages sont permanents et les 75 kilomètres de voies de métro ne suffisent pas à fluidifier la circulation. D’ailleurs, il n’y a jamais de station où l’on se trouve et où l’on se rend.

Heureusement, il y a des taxis partout. En veux-tu, en voilà. 32 000 selon un recensement officiel. Parce que le Brésil, paraît-il, est le troisième pays le plus connecté au monde, ils sont intelligents, roulent futés grâce au GPS et à la géolocalisation. C’est la samba des applis!
 
Hop, on en prend un, destination avenida Lavandisca. Y a-t-il encore des bergeronnettes où l’on niche? Question futile. Le chauffeur est paumé, il pianote désespérément sur son smartphone. En vain, l’avenida Lavandisca s’est envolée. Il faudra que le client déplie son plan (oui, en papier!) pour qu’il retrouve le nord. Et le secours de plusieurs piétons pour qu’il arrive à bon port. Le compteur, lui, n’a pas arrêté de tourner! Au fait, la Seleção trouvera-t-elle le chemin de la finale? Elle aussi avance à tâtons! Le taxista grimace, puis se met à sourire. «Comme en 2002, Felipão sera notre guide», répond-il.
 
En attendant, Luis Felipe Scolari utilise une autre métaphore pour faire route vers un sixième titre. Celle de l’escalier. «Chaque match est une marche de plus vers la finale», répète le coach brésilien. Aïe! Il y a plus de deux cents gratte-ciel à São Paulo et les ascenseurs sont souvent en panne…

Pascal Bornand / 24 heures

Lucien Favre: «La France favorite? Je n’en suis pas sûr»

Lucien_Favre.jpg«Le Suisse - France de ce soir oppose les deux équipes qui s’imposaient initialement commeles favorites de ce groupe. Avec leurs succès sur l’Equateur et face au Honduras, elles se préparent logiquement à un choc décisif. Forcément, la tentation est grande pour une petite Suisse de voir la France plus grande, plus forte. J’entends parfois ces jours ce commentaire: «La Suisse a un coup à jouer.» Je n’adhère pas à cette idée qui laisse entendre, en bruit de fond, que tout résultat positif de la sélection helvétique relèverait immanquablement de l’exploit. Non, même s’il est clair que la sélection de Didier Deschamps possède dans ses rangs des joueurs de grande classe, capables de faire la différence – je pense à Benzema, à Cabaye, à Pogba ou aux fougueux Valbuena et Griezmann –, je maintiens que l’équipe de Suisse a de solides arguments, elle aussi.


La France favorite? Je n’en suis pas sûr. Je fais confiance à Ottmar Hitzfeld pour trouver le ton juste. C’est son rôle, et il a pour lui l’immense expérience que l’on sait, de ne pas exagérer l’importance de ce choc franco-suisse, pour ne pas crisper son groupe, tout en conservant un maximum de concentration à l’interne. Je crois que la difficile et tardive victoire de la Suisse sur l’Equateur a libéré les internationaux d’un poids. Je crois aussi que la France a des points faibles et que Hitzfeld les connaît bien. Enfin, et ce n’était plus le cas depuis longtemps, la Suisse a des solutions de rechange, avec des remplaçants qui marquent, comme Seferovic ou Mehmedi, ce dernier pouvant d’ailleurs commencer demain, eu égard à sa performance et à celle de Stocker dimanche passé.
Je ne manquerai bien sûr pas ce match. Il sera très intéressant à plus d’un titre.»

Ma télé et moi: Les dents du bonheur de Luis Suarez

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J’ai depuis longtemps une certaine affection pour les dents faites pour sourire de Luis Suarez, l’attaquant exceptionnel de l’Uruguay pendant ce Mondial, et de Liverpool pendant le reste de l’année. A la télé, ses dents prennent toute la lumière, surtout quand il est content, comme après son superbe coup de tête sur la passe tout aussi parfaite de Cavani.
 
Ce gars-là, on l’imagine facilement dans les rues de Montevideo, où il apprend la vie rude et parfait son talent footballistique, aux côtés de ses six frères, sous l’aile bienveillante de sa mère, seule car divorcée. A sept ans, il y a vingt ans, ses dents devaient être plus grandes que son short, il avait sûrement une de ces bouilles irrésistibles qui donnent des photos extraordinaires, ou qui font envie d’écouter et écouter encore Mistral gagnant, le petit chef-d’œuvre de Renaud. Mais tous les témoignages rapportent que tout minuscule, Luis avait déjà en lui toute la malice, la ruse, le vice qui permet d’avancer dans la vie dure et sur le terrain de la compétition.

Les dents de Suarez ne lui ont pas été inutiles dans sa carrière de footballeur: au cours d’un match avec l’Ajax Amsterdam – club d’où il est parti avec le statut d’idole historique – il avait mordu un adversaire au cou. Être mordu c’est déjà quelque chose, mais être mordu par ces dents-là, ça doit vraiment être terrifiant.
 
Ses mains lui ont aussi bien servi: en 2010, en Afrique du Sud, c’est lui qui sauve sur la ligne à la 120e du quart de finale contre le Ghana. Penalty, que loupe Asamoah Gyan, prolongations, l’Uruguay va en demi-finale et finit quatrième. Ses dents, à Luis, on les voit bien quand il marque, ou quand il grimace. Je pense que ces dernières semaines, on les a beaucoup aperçues quand il faisait intensivement ses exercices pour se remettre de son opération du ménisque subie il y a un mois! Le 23 mai il était en fauteuil roulant! Franchement, j’ai eu peur pour ses dents quand il s’est retrouvé enfoui sous ses coéquipiers, aplati, porté disparu, après son deuxième but, marqué au terme d’une démonstration de concentration et d’harmonie physique. Un ménisque de moins, deux buts de plus, pour «El Pistolero». Je me réjouis de le voir sourire encore.
 
Philippe Dubath / 24 heures