19/06/2014

Sur un air de samba: Mi-temps à l’Alliance française

Salvador va recevoir quelque 8000 supporters tricolores pour le match de vendredi, face à la Suisse. A l’Alliance française, c’est pourtant calme. On dirait la mi-temps. Ni exposition ni spectacle, rien n’est prévu, hormis une partie officielle avec l’ambassadeur de France et ses invités. «Les vacances scolaires ont été décalées en raison de la Coupe du monde, explique Olivia Deroint, sa directrice. Beaucoup de gens sont partis.» De même que la quinzaine de professeurs qui normalement fréquentent la belle villa du quartier de Barra, à l’embouchure de la baie de Tous-les-Saints.

 
Lieu de rencontre et d’apprentissage, dont l’objectif est de favoriser le rayonnement de la langue française, l’Alliance accueille 400 élèves par semestre, propose aussi des cours ponctuels et différentes activités pour les enfants. Elle dispose d’une médiathèque et d’une jolie salle de théâtre. «Pour nous, avoue la directrice, le Mondial représente plus une galère qu’autre chose. Nous aurons sans doute à régler des histoires de passeports perdus et autres tracasseries pour les Français de passage. Certes, on nous avait proposé une expo sur la diversité d’origine des footballeurs français. Mais nous n’étions pas convaincus qu’il était opportun de rappeler tout cela.»
 
Arrivée en septembre dernier à Salvador, pour un mandat de cinq ans, Olivia Deroint se bat pour trouver le financement des activités de l’Alliance. «Ici, les gens aiment la France. Dans les années 60, le français était la première langue enseignée. Mais la concurrence de l’anglais et de l’espagnol se fait sentir. Et si cette ville compte trois millions d’habitants, 80% d’entre eux vivent dans les favelas. Ils ont d’autres préoccupations.» Et la vie bahianaise? «J’aime beaucoup, même si pendant longtemps je me suis souvent perdue dans la ville.» Demain, elle trouvera le chemin du stade, secteur VIP. «Je ne pourrai donc pas sauter en criant des insanités», sourit-elle. C’est pourtant culturel, non?

François Ruffieux / 24 heures

Ma télé et moi: Eloge du bon vieux pointu qui vaut de l’or

aranguiz.jpgQuand il évoquait certaines anecdotes de sa belle carrière de professionnel et d’international, Norbert Eschmann revenait de temps à autre sur l’importance du pointu quand le buteur doit faire vite pour tenter sa chance. Il prenait très au sérieux et respectait pleinement ce geste qui consiste à shooter de la pointe du pied, car il lui avait valu de marquer pas mal de buts dans l’urgence du moment.
 
Il expliquait que le pointu présentait l’avantage d’être armé très rapidement, dans la foulée, et surprenait le gardien dans ces instants où celui-ci est en train de chercher ses appuis, de préparer son duel face à l’attaquant qui se présente face à lui. «Tu tentes le pointu, devant toi, dans la ligne de ta course, et souvent ça marche, le gardien est battu», disait Norbert en enrichissant sa théorie de quelques exemples savoureux.
 
Forcément, j’ai donc pensé à lui quand est survenu le deuxième but chilien hier soir. Aranguiz, le buteur qui ne savait pas encore qu’il allait le devenir n’avait pas le temps de fignoler, de placer la balle pour frapper soit du coup du pied, soit de l’intérieur de celui-ci. Le ballon était devant lui, dans l’axe du but, alors il a osé le pointu, vlan! d’un coup, tout droit, et ça a surpris Casillas.
 
Quand on est enfant, petit footballeur en devenir, qu’on ne veut réussir que des gestes de grands joueurs, tout en finesse, pleins d’allure, on se moque un peu du pointu. On dénigre volontiers le but marqué d’un pointu. On dit d’ailleurs, et c’est vrai, que le ballon fait un drôle de bruit, frappé ainsi. On ne veut que du beau, de l’esthétique, de l’artistique. Plus tard, on sait que le but marqué d’un pointu vaut autant que le coup franc somptueux brossé dans la lucarne. Et au cœur de la lenteur espagnole qui faisait de la peine, car on n’oublie pas tout ce qu’a donné cette équipe, le pointu d’Aranguiz arriva comme un éclair vif et soudain, jeune, rapide, décisif, irrésistible.
 
Philippe Dubath / 24 heures

 

 

18/06/2014

Sur un air de samba: A Ibirapuera, ils sont tous fils de Vanderlei

reuters.jpgC’est le poumon vert de São Paulo, une île miraculeuse cernée par un océan de béton. Stoïque, elle fait barrage au tumulte d’une mégalopole de 20 millions d’habitants, étranglée par une circulation dantesque.
 
Ici, dans les allées du Parque do Ibirapuera, la nature respire le calme et la culture exulte. L’architecte Oscar Niemeyer y a posé sa griffe. Un serpentin de musées ondule le long des pelouses et des étangs. Sur l’herbe un peu pelée, on pensait y voir une autre forme de culture. Le football populaire ne serait-il qu’un art de la rue, une expression des favelas ou de la plage? La religion des pauvres? A Ibirapuera, on n’y a aperçu aucun footballeur! Pas l’ombre d’un fils de Neymar ou de Thiago Silva. Comme si le gazon, un peu bobo aussi, était bouffé au mythe, abandonné à la seule fièvre des amoureux.

Ici, ce sont les coureurs à pied qui sont les rois. Comme à New York, dans les allées de Central Park, autour du grand réservoir – la scène mythique de Marathon Man – ils tournent à perdre haleine. Cyclistes, patineurs ou skate-boardeurs les accompagnent. De loin, ils suivent les traces d’un autre héros brésilien. Moins connu que Pelé, mais plus tragique. Celles de Vanderlei Cordeiro de Lima, le médaillé de bronze du marathon olympique d’Athènes, en 2004.

Né dans une favela, l’humble coureur a bien failli se hisser au panthéon. Hélas pour lui, un illuminé s’est jeté sur lui alors qu’il caracolait en tête, à moins de 5 kilomètres de l’arrivée. Dans le stade antique, l’athlète floué est resté de marbre. Pour prix de sa grandeur d’âme, il a reçu la médaille Pierre de Coubertin. Au Brésil, il n’y a pas que le futebol qui fait les champions.

Pascal Bornand / 24 heures