18/06/2014

Ma télé et moi: L’entrée dans les familles de   Guillermo Ochoa

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Guillermo Ochoa a fait le désespoir des Brésiliens, mardi soir. (Reuters)

Il y a des joueurs qui prennent toute la lumière dans l’écran de la télé. Déjà par leur visage, leurs traits, leur expression, avant même qu’ils aient réussi quelque chose. Et puis ils signent les exploits qui font qu’ils sortent littéralement du poste de télévision pour entrer dans le salon d’où on les regarde.
 
Hier soir, qui connaissait vraiment le gardien d’Ajaccio, Guillermo Ochoa? Aux premières minutes du match, avec sa coiffure solaire, avec ses gants qui semblent cacher une raquette de ping-pong et une épuisette de pêcheur, avec son regard de navigateur conquérant heureux de vivre et d’être là, il était déjà remarquable.
 
Mais il fit plus que ça, il fit en sorte de devenir l’invité de luxe, le passant merveilleux, l’ami de tous les gens ravis dans leur maison de voir ce gaillard épatant réussir des arrêts invraisemblables. Et le ralenti, qu’on nous repasse tant pour nous montrer en détail des fautes et pour vérifier les décisions arbitrales, donc pour des choses plutôt négatives, s’avère alors un outil merveilleux pour le côté positif du match.
 
Car on voit Ochoa, on le revoit, on comprend mieux, on mesure, on savoure la qualité, la difficulté de ses arrêts. Le premier de la série rappela cette parade extraordinaire de Gordon Banks, gardien de l’Angleterre, qui sauva sur sa ligne, lors de la Coupe du monde de 1970, sur un coup de tête de Pelé à bout portant. Ce qui fit dire à Pelé, si je me souviens bien: «J’ai marqué un but, mais Banks l’a annulé!»
 
Guillermo Ochoa, surnommé «Memo», était déjà dans les mémoires brésiliennes pour avoir tout arrêté en 2007 face au Brésil, battu 2-0, lors de la Copa America. Plus tard, il connut des passages difficiles, ce qui fit dire dans son pays qu’il devait avoir des problèmes de vue, ou d’équilibre. Depuis hier soir, il est vraisemblable que dans tout le Mexique, et au Brésil aussi, on va savoir et faire savoir qu’il va plutôt très bien. Et nous, on l’adore! Il peut revenir à la maison quand il veut.
 
Philippe Dubath / 24 heures

17/06/2014

Sur un air de samba: Le chaud et le froid, une notion toute relative

C’est l’hiver au Brésil, même si la notion est toute relative pour un Européen. Dans ce climat tropical, sur les 8 500 000 km2 couverts par quatre fuseaux horaires, les écarts de température peuvent être importants. Grosso modo entre18 et 30 degrés, parfois avec un taux d’humidité très élevé, comme à Manaus, au milieu de la forêt amazonienne, où Anglais et Italiens ont sué. Il fait donc plutôt chaud et lourd sur les stades de la Coupe du monde.

 
A Salvador de Bahia, chaque journée connaît son moment de pluie. Cela ne dure pas très longtemps, mais c’est intense. Mieux vaut alors ne pas être à découvert lorsque le ciel ouvre ses vannes. Mais si vous trouvez refuge dans un centre de presse par exemple, situé dans les entrailles du stade, comme dans un bunker sans fenêtres, vous risquez le coup de froid instantané avec une climatisation poussée au maximum. Allez comprendre pourquoi.
 
Entre le chaud et le froid, on balance donc constamment. Une admiratrice brésilienne de Cristiano Ronaldo a vécu les mêmes «tourments» voilà quelques jours, lors d’un entraînement public de la sélection portugaise. Naiara Castro Santos a d’abord déchiré son jeans en voulant sauter les grillages du stade pour aller à la rencontre de son idole. Elle a ensuite résisté au service d’ordre. Puis, intrigué par le tatouage que la jeune femme portait sur son bras, Cristiano Ronaldo en personne lui a proposé de venir s’asseoir sur le banc portugais.
 
La température est montée tout naturellement pour la jeune femme. Arrivée en larmes, elle a pu repartir avec un maillot dédicacé et des souvenirs inoubliables. Après, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau n’avait plus grande importance. Pour elle, ce Mondial est d’ores et déjà une réussite.

François Ruffieux / 24 heures

Ma télé et moi: J’aurais bien parlé à Angela Merkel

DUBATH_PHILIPPE-018.jpgÊtre téléspectateur, c’est bien, car on a accès à plein de détails qui seraient invisibles ou imperceptibles dans le stade. Mais c’est aussi frustrant, car on est tout près des joueurs, de l’action, à deux mètres, trois mètres, on peut leur compter les cils, mais on a aucune influence sur quoi que ce soit. Pourtant on aurait bien envie de temps en temps de dire quelque chose à l’un ou l’autre de ces gens dans le poste.

 
Hier soir, par exemple, j’aurais bien aimé pouvoir m’adresser en vitesse à l’arbitre pour lui dire de ne pas sortir le carton à l’encontre de Pepe. Thomas Müller avait pris une main dans la figure – pas bien forte –, dans l’action, et il en avait forcément rajouté – puis ça avait chauffé, c’était monté, c’était un moment de tension extrême mais il aurait mieux valu que ça en reste là. Il aurait été bien que le match continue à onze contre onze, ce n’était pas si grave que ça. Ce n’était quand même pas le coup de boule de Zidane qui en est presque devenu un héros. Il faudrait d’ailleurs savoir, grâce à quelqu’un qui lit sur les lèvres, ce que Müller a dit et crié à Pepe pour peut-être comprendre toute l’histoire et le geste menaçant, de la tête, du Portugais. Peut-être.
 
J’aurais aimé, aussi, parler à Angela Merkel que j’ai vue dans la tribune applaudir debout le premier but des Allemands. Elle était là, dans un habit rose je crois, en belle lumière, ravie, reine comblée, et ça m’a gêné. J’ai pensé à l’Europe, aux soucis du peuple portugais, et je me suis dit qu’elle aurait pu avoir la pudeur de rester assise, un peu plus discrète, plus fine, moins triomphante, plus européenne. C’est ce que j’aurais aimé lui glisser en vitesse dans l’oreille. Mais j’ai gardé ça pour moi.
 
La veille, il s’était passé un truc assez comique. Benzema allait tirer son penalty quand mon voisin de canapé a posé sa fesse droite sur la télécommande qui traînait là. Mille lettres, signes, consignes, indications sont apparus à la place de l’image, sur tout l’écran. La scène de Benzema prêt à tirer était, elle, devenue minuscule, taille timbre poste en haut à gauche. Là, on a tous pu dire en direct ce qu’on pensait – en riant bien sûr – à l’auteur du méfait.
 
Philippe Dubath / 24 heures