17/06/2014

Le joueur à suivre: Guillermo Ochoa (Mexique), le paradoxal showman

memo.jpgIl a permis au Mexique de conserver son avantage, vendredi dernier face au Cameroun, lors de son premier match de la Coupe du monde (1-0). Certes peu sollicité par ses adversaires africains, Guillermo Ochoa (28 ans) s’est fait l’auteur d’un plongeon dont il a le secret pour détourner le coup de tête de Benjamin Moukandjo, en fin de rencontre, et ainsi garder sa cage inviolée.

Mardi soir, l’ancien gardien de l’AC Ajaccio – son départ a été annoncé le mois dernier après la relégation du club corse en Ligue 2 – aura très certainement davantage de travail. Face à Neymar et ses potes brésiliens, la prestation d’Ochoa aura d’ailleurs un poids prépondérant dans la quête de points des Mexicains. «Je suis content que ce troisième Mondial soit le bon pour moi, raconte celui qui était No 3 en 2006, puis No 2 en 2010. Si je suis stressé avant d’affronter la Seleção? Pas du tout. Je suis serein.»
 
Les gros matches, comme celui qui l’attend aujourd’hui, «Memo» Ochoa les adore. Le PSG en avait fait l’amère expérience le 18 août 2013, en championnat de France, lorsque le dernier rempart n’avait capitulé qu’à la 86e minute de jeu devant l’Uruguayen Edinson Cavani (1-1), après plus de 30 tirs parisiens et diverses parades impressionnantes.
 
Le hic, c’est qu’Ochoa n’est pas uniquement capable du meilleur, lui qui est également un spécialiste des sautes de concentration. «Il peut faire une action exceptionnelle puis, la seconde d’après, commettre une grosse bourde», confirme Guillaume Warmuz, ancien gardien, entre autres, du RC Lens, dans les colonnes de So Foot. Contrôlé positif au clenbuterol en 2011, puis blanchi par sa fédération en raison d’une «contamination par la nourriture», le fantasque portier mexicain est un homme de paradoxes; à la fois spectaculaire sur sa ligne et limité sur les ballons aériens. Showman, irrégulier, Ochoa devra surtout afficher sa meilleure facette contre le Brésil.
  
Jérôme Reynard / 24 heures
 

 

16/06/2014

Le droit d’espérer un peu mieux

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Une victoire à l’arraché, c’est souvent très beau et rempli d’émotion. Celle d’hier, qui plus est sur un mouvement de rupture magnifique, a permis à l’équipe de Suisse de battre l’Equateur et de lancer ainsi de façon positive son opération Brésil 2014. Voilà des mois qu’on évoquait cette Coupe du monde et le potentiel des joueurs sélectionnés par Ottmar Hitzfeld. Ils ont maintenant dix jours devant eux pour éclaircir les zones d’ombre qui subsistent.
 
Et envisager ainsi de s’extraire de leur groupe pour atteindre la meilleure phase du tournoi, celle des matches à élimination directe. Une victoire à l’arraché souligne aussi, par définition, les difficultés rencontrées pour se défaire d’un adversaire sans doute pas très coté, mais sûrement peu agréable à affronter. Malgré une possession de balle supérieure, Shaqiri et les Suisses ont eu de la peine à exercer un véritable ascendant, à imposer leur patte et leurs envies, notamment celle de proposer un football plus séduisant que dans un passé relativement récent.
 
Trop de déchet technique, trop d’idées trop vite avortées. Et une souplesse tactique qui ressemblait encore trop à de simples balbutiements. Une victoire à l’arraché dit enfin, et peut-être surtout, les ressources qui sont à disposition. Sur le plan physique, avec une équipe encore capable d’une réelle débauche d’énergie dans les dernières minutes, et sur le plan mental, à l’image de la rage montrée par Behrami sur l’action du 2-1.
 
En 2010, pour son premier match, la Suisse avait battu l’Espagne, future championne du monde.
Elle n’avait pas su enchaîner. Quatre ans plus tard, plus mûre, plus complète, elle n’a encore rien concrétisé, sinon le droit d’espérer un peu plus, un peu mieux. Et nous avec elle.
 
François Ruffieux / 24heures

Sur un air de samba: Pirlo n’a pas fait trembler le bar

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Les clients de bars brésiliens n'ont pas tous apprecié comme il se doit le jeu de Pirlo. AFP

Une gare routière glauque, une rade où viennent s’échouer les oubliés du bonheur, des tablées mornes où s’assoupissent des âmes fatiguées. Ici aussi, à Porto Alegre, la Copa do mundo s’invite à la fête. Mais on lui a coupé le caquet. Les logorrhées extatiques du telecronista ne s’entendent qu’en sourdine. Balotelli crucifie l’Angleterre sur un air de bossa-nova. Dans la salle, on ne vibre pas. On s’enivre.
Au fond du troquet, c’est l’orchestre qui dicte le rythme de la partie. Il joue sans simulation, enchaîne les morceaux comme le jeune Sterling les dribbles. A sa façon, il repousse le seuil de pauvreté. Les musiciens sont décatis, mais leur allégresse n’a pas d’âge. La danseuse ondule et se trémousse. Elle a des épaules de catcheuse et un dos à soufflet. Une grâce étrange se libère de ce corps disgracieux. L’assistance la contemple sans la reluquer.
 
Sur l’écran, les images ne captivent pas. Elles défilent, elles font passer le temps. Pourtant Rooney se démène. Il a le visage blanc d’un tragédien. Mais le drame qui se noue à Manaus n’est rien comparé à la misère ordinaire d’ici. Sur les trottoirs souillés, sous des couvertures mitées, des vies se dévident. Loin, très loin du futebol, cet opium du peuple factice. Dans le bar des paumés, qui trompent leur attente en éclusant une dernière bière, le spectacle cathodique n’allume pas leur foi. Il est rasant comme Pirlo est barbant pour les joueurs de Roy Hodgson. Sur le terrain, l’arbitre a dégainé sa bombe aérosol. On dirait de la mousse à raser. C’est le dernier gadget de la FIFA, la meilleure arme à effet dissuasif pour empêcher les footballeurs de dépasser les bornes. Le coup franc du génie italien ne fera trembler que la barre. Pas le bar.
 
Pascal Bornand / 24 heures